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Voyager est un acte social qui a des conséquences importantes, le plus souvent positives, quelquefois négatives. Les traces que les voyageurs laissent chez les populations auxquelles ils rendent visite participent à leur enrichissement, à leur modernisation, à leur éducation. La vie de populations entières a été grandement modifiée grâce au passage répété des voyageurs. Mais parfois ces traces peuvent devenir des plaies quand les voyageurs font fi des règles écologiques qu’ils se sont pourtant souvent imposées dans leur pays.
1- Éviter le mépris
Notre première contribution au retrait de la goutte d’eau pure est de donner l’exemple, sans ostentation ni prosélytisme excessif. Or qui veut devenir exemplaire se doit de ne pas être méprisant. Le mépris hélas! est souvent une réaction spontanée, naïve la plupart du temps, dont il faut prendre conscience si nous voulons le combattre. Voici quelques exemples.
Entrer dans un village d’une minorité ethnique, où les cochons et les poules circulent librement, où les enfants ont la morve au nez, où les rues sont boueuses, parsemées de crottes de chien et de bouses de vaches, et où les sacs de plastiques traînent partout et n’avoir comme seule réaction que de dire «y sont ben cochons! c’est ben sale icitte!» relève de ce mépris. Penser ainsi, c’est oublier que ces gens n’ont pas encore les mêmes règles d’hygiène que nous, n’ont pas fait la réflexion que nos sociétés plus scolarisées ont faite sur l’environnement et n’ont toujours pas les moyens financiers nécessaires pour contrer ces inconvénients. N’oublions pas que la plus belle ville du monde, Paris, avait, il y a quelques années à peine, la réputation d’être une ville où l’on marchait dans les crottes de chien.
Que de fois n’avons-nous pas entendu, au bord des rivières : «Pouah ! Je ne me baignerai jamais là-dedans. C’est ben trop pollué ! Regarde comme l’eau est sale.» Ici, le mépris est teinté d’ignorance. Nous avons l’habitude de voir au Québec des rivières qui coulent sur des fonds rocheux. L’eau est donc claire. Dans de nombreux pays du monde, les rivières coulent sur des fonds de sable ou de terre. En conséquence, elles charrient des particules terreuses qui brunissent, parfois même rougissent ses eaux. Sont-elles pour autant plus pollués que les nôtres. Elles le sont tout autant.
En voyant les tas d’ordures, disposés souvent un peu partout, d’aucuns diront aussi: «mais ils ne récupèrent rien!» Non, pas encore à notre façon. Dans les pays en voie de développement, les vrais récupérateurs sont les pauvres. On les voit, la nuit surtout, avec leurs grands sacs, ramasser cannettes et bouteilles, bouts de tissus et fils de fer, qu’ils vont revendre aux entreprises de récupération pour une bouchée de pain ou une assiettée de riz. Les animaux, des chiens aux fourmis, en passant par les vaches, en Inde, se sont chargés de ce qui était mangeable et il ne reste souvent, après quelques jours, que les sacs de plastique.
Nous aurions bien des leçons à prendre de ces cultures concernant notre gaspillage. Il suffit de suivre les différentes étapes de la culture du riz, par exemple, pour comprendre que tout est encore récupéré et que rien ne se perd, pas même l’écorce du grain une fois blanchi. Ils s’en servent tantôt comme combustible pour cuire l’argile, tantôt comme liant, dans les briques, tantôt comme nourriture, pour les animaux.
Les plus anciens guides et voyageurs se souviennent du temps où beaucoup de denrées étaient enveloppées dans les feuilles de bananiers ; il y en a encore quelquefois. Mais les sacs de plastique ont mis fin à cette pratique hautement écologique et maintenant ils traînent partout dans les paysages des pays en voie de développement. Cela coûtera des fortunes pour les ramasser et les enfouir dans des lieux qui en mourront sans doute à jamais, tant la technologie n’est pas encore au point. N’oublions pas que ce sont nos civilisations qui leur ont «dompés» ces sacs. Pas question de nous culpabiliser, mais il est question de nous responsabiliser.
À suivre dans les prochains numéros
2- Repenser nos voyages
3- Modifier nos comportements
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