Quand en 1975 fut créé le Club Aventure, le monde du voyage était bien différent de celui d’aujourd’hui. Le tourisme moderne avait à peine 15 ans de vie et aller en dehors de quelques pays d’Europe et des États-Unis, c’était toute une aventure. Les «freaks» québécois allaient en Amérique du Sud parce que ça ne coûtait pas cher et que le «pot» était plus accessible qu’ici; les «freaks» européens avaient créé une route asiatique où ils pouvaient s’éclater : Bali, Penang, Phuket, Chiang Mai, Goa, Katmandou… Mais les gens ordinaires, eux, allaient toujours en Europe ou aux États-Unis. Les fondateurs du Club Aventure pensaient à eux quand ils ont fondé la compagnie. Les encadrer pour leur permettre d’aller dans des pays nouveaux et étranges où l’infrastructure touristique n’existait pas toujours.
C’était toute une aventure à l’époque que d’aller en Amazonie, en Thaïlande ou au Kenya. Nous connaissions peu ces contrées et ceux qui y allaient étaient prêts à manger de la soupe aux cailloux, à coucher à la belle étoile, à marcher pendant des jours pour voir ces «tribus» perdues aux mœurs étranges, des paysages inspirants et des sites archéologiques à peine mis à jour. Aujourd’hui c’est une autre paire de manches. Presque toute notre planète est visitable, exception faite des contrées où sévit la guerre. Les «tribus» sont devenues des «minorités ethniques» dont les membres s’habillent comme nous, regardent la même télévision que nous et offrent aux voyageurs des logements confortables. Des routes modernes mènent aux plus beaux sites naturels qui sont devenus des «parcs nationaux» et les sites culturels, déblayés, remontés, reconstruits parfois, entretenus et protégés par l’Unesco, relèvent de plus en plus de la muséologie moderne.
Pourtant, l’aventure existe toujours. Elle est ailleurs. Elle est dans l’audace, pas tant une audace physique, qu’une audace humaine, sociale et intellectuelle.
Le Club Aventure n’a de cesse de développer de nouvelles routes même dans ses circuits les plus anciens. Les circuits dits «en exploration» se spécialisent dans cette recherche. Nous allons depuis longtemps au Vietnam, au Laos et au Cambodge, mais quand nous allons en Indochine, nous traçons un profond sillon dans le monde touristique car nous faisons une route que personne n’avait faite. Quand nous recréons la Syrie et la Jordanie, quand nous concentrons notre circuit Thaïlande sur le nord de la province de Chiang Mai, nous foulons de nouveaux sols.
Cette recherche de nouveaux lieux conduit à l’aventure humaine. Nous cherchons à aller visiter de nouvelles gens, des gens que le tourisme de masse ne va pas voir, des gens inconnus qui sont surpris de nous voir et très heureux de nous recevoir. Des gens qui ne vivent pas toujours dans des sites exceptionnels, mais qui sont, eux, exceptionnels. Et c’est pour eux qui nous y allons. Pour les connaître et pour leur apporter aussi un peu de la richesse que le tourisme peut générer. Pour les rencontrer, il faut parfois voyager plus longtemps, emprunter des chemins moins carrossables, traverser des lieux plus arides. C’est le prix que l’on doit payer pour ne pas rater le rendez-vous.
Cette recherche de nouveaux lieux peut aussi conduire à l’aventure sociale. Quelquefois nos routes sont liées à des groupes de gens, des peuples, des minorités dont on voudrait faire connaître la culture au monde de par chez nous. Ils sont oubliés parce qu’ils sont en minorité, parce que leur culture n’est pas nécessairement éclatante, parce qu’ils sont mis au ban de la société dans laquelle ils vivent. C’est le cas, par exemple, des Chans, des Katchins ou des Palongs qui, fuyant l’enfer birman, se sont réfugiés en Thaïlande pour y fonder des villages. S’intéresser à eux, dépenser chez eux un peu de notre argent, dormir, manger parmi eux, tout cela peut améliorer un tout petit peu leur sort.
Enfin, cette recherche de nouveaux lieux peut conduire à l’aventure intellectuelle. Le monde de la connaissance n’emprunte pas toujours les grandes routes fréquentées par la masse des voyageurs. Il emprunte la route de la soie, la route des oasis, la route des rivières que l’on remonte en pirogues, la route des sommets ou la route des plateaux qui s’étendent à perte de vue. C’est la route qui mène à la plaine des Jarres, la route qui conduit à Belur ou Halebid; ce sont les routes fréquentées d’Angkor Wat ou du Macchu Pichu, oui, mais aussi celles qui nous conduisent au groupe Rolouos ou à Sacsaywaman, sites moins connus mais tout aussi éclairants.
L’effort que nécessite pour nous l’aventure n’est pas tant physique, qu’humain, social et intellectuel. Ce n’est pas notre confort matériel que nous voulons abandonner mais notre confort social et intellectuel, tellement plus ankylosants.