2- Repenser nos voyages
Peut-être faut-il repenser nos voyages si nous ne voulons pas rajouter, plutôt qu’enlever, une goutte d’eau dans le vase déjà plein de la pollution planétaire. C’est là un acte civique qui pourrait, si tout le monde s’y mettait, améliorer la suite du monde. Repenser nos voyages, c’est faire intervenir notre conscience écologique pour établir un lien plus adéquat entre nos raisons de voyager et le déroulement du voyage.
Pourquoi voyage-t-on ? Entre autres raisons, pour connaître d’autres mondes, d’autres civilisations. Or il y a deux façons d’acquérir cette connaissance lorsque l’on voyage : soit parcourir l’ensemble des lieux pour en connaître toutes les facettes, soit visiter à fond quelques-uns de ces lieux.
Prenons l’exemple d’un voyage de 15 jours en France. Il est possible, en partant de Paris, de visiter Lyon et Macon, de faire un crochet par Grenoble avant de se rendre sur la côte d’Azur, de filer à Marseille, de faire un arrêt à Aix-en-Provence, de gagner Toulouse puis Bordeaux, après avoir déjeuné à Carcassonne, et enfin de repartir de Paris. Le voyageur a couvert en surface presque toute la France et a découvert les nombreuses facettes de l’un des joyaux de l’humanité.
Mais ne serait-il pas possible de partir autrement ? De passer tout simplement 15 jours à Paris, incluant Versailles ? De découvrir la culture française et le cœur des Français en visitant les grands monuments de la capitale, en goûtant sa gastronomie, en flânant dans ses parcs, en assistant aux spectacles, en empruntant les transports en commun ? Ne serait-il pas possible de se concentrer sur une petite région, le Périgord par exemple, région pas plus grande que la Montérégie, de la visiter à fond et de connaître très bien la nature du Français, son histoire, ses vins, sa gastronomie et d’apprécier la beauté de ses paysages ?
Ces deux philosophies pourraient, dans un monde idéal, se compléter. On visite en surface un pays d’abord, on visite ensuite à fond une petite région, question d’approfondir notre connaissance. Vivant toutefois dans un monde où l’homme, après avoir exagéré, a rendu malade la planète, ne sommes-nous pas en face de deux conceptions qui s’opposent ? Voyager en surface suppose en effet des déplacements importants très polluants. Voyager dans une région circonscrite suppose des déplacements beaucoup plus courts, ce qui permet d’accorder un temps beaucoup plus long à la contemplation des êtres et des choses.
La concentration sur une petite région permet aussi de varier les moyens de transport et d’en emprunter de beaucoup plus écologiques. On peut faire des bouts de chemin à pied dans des sentiers qui sont de plus en plus adaptés à diverses conditions physiques, à vélo, sur des pistes aménagées ou non dans la plaine ou dans la montagne, en barque, en ramant ou en suivant le courant, en transport en commun… Toutes ces expériences ajoutent au plaisir de la découverte.
La société nous a amenés jusqu’à ce jour à valoriser la quantité plutôt que la qualité. Suivant aveuglément ce précepte, l’objectif de certains voyageurs est de faire le tour de la planète, de se glorifier du nombre de pays qu’ils ont visités, du nombre de villes qu’ils ont traversées, du nombre de kilomètres qu’ils ont parcourus, du nombre de photos qu’ils ont prises. Cette gloriole n’est plus de mise et il faut repenser nos priorités. Connaître l’autre, oui, mais en limitant le champ de nos investigations, n’est-ce pas une idée à explorer ?
Pourquoi voyager ? Pour prendre des vacances, pour se reposer. Le tourisme «vacancier» permet de décrocher du travail, du train-train quotidien et apporte un ressourcement bien souvent bénéfique.
Ce bien a cependant un coût écologique important. C’est très «chouette» d’aller passer un week-end à Paris, une semaine dans l’Ouest faire du ski, ou de faire une partie de chasse au caribou dans le Grand Nord. Mais ces activités coûtent cher à notre planète car, pour y aller et en revenir, il en faut des tonnes de kérosène ! Sans compter la destruction des écosystèmes, que ce genre d’activité peut provoquer.
Que l’on veuille découvrir le monde ou se reposer, que l’on veuille faire un voyage d’affaires ou un voyage de noce, que l’on veuille aller visiter sa parenté que l’on a laissée dans notre pays d’origine ou retrouver de vieux amis qui se sont expatriés, tous ces déplacements sont autant de coups durs qui font souffrir notre planète. Elle demande un répit.
À suivre dans les prochains numéros
3- Modifier nos comportements