Voyager vrai
Il est extrêmement difficile de définir le concept de «tourisme authentique» et chacun y met le contenu qu’il veut. Loin de nous donc l’idée de définir ex cathedra ce concept. Le texte qui suit vise simplement à situer le Club Aventure par rapport à cette idée et à expliquer ses choix.
Voyager est une activité humaine importante. Le voyage nous détend et nous enseigne. Le Club Aventure vise à harmoniser ces deux objectifs. De cet enseignement découle une connaissance qui nous fait découvrir une vérité. Voyager vrai, c’est donc rechercher une vérité que nous pouvons trouver autant dans les legs de l’humanité que dans la vie quotidienne des gens que nous allons visiter. Cette vérité, nous croyons qu’elle se retrouve, dans le premier cas, dans l’état d’origine de l’objet dont on veut tirer les enseignements, dans le second cas, dans l’environnement habituel des communautés dont on veut connaître les manières de vivre.
La vérité, croyons-nous, se retrouve dans ce qui est le plus proche de l’origine de l’objet. En ce sens, nous suivons les archéologues qui ne recherchent pas tant à nous éblouir par un bâtiment complètement refait que de nous le présenter dans l’état où il a été trouvé afin de nous en livrer la vérité telle qu’elle apparaît à ce moment-là de sa vie. Ils en reconstituent tout au plus les grandes lignes en rassemblant les pierres qui gisent autour. Le Club Aventure va donc opter pour la visite de ces sites qui lui semblent plus vrais que d’autres qui visent surtout le côté attrayant et spectaculaire de la chose, en vue d’une plus grande rentabilité.
La vérité se retrouve aussi dans la beauté, qu’elle soit spectaculaire comme celle du Taj Mahal, d’Angkor Wat ou du Machu Picchu, ou simple comme celle du village de St-Cirq Lapopie, en France, d’Hoi An, au Vietnam ou de Mè Mè, en Thaïlande. Cette vérité n’a, à notre avis, rien à voir avec la fréquentation du site. Ces objets génèrent en soi un enseignement accessible à tous. Lever le nez sur les grands sites sous prétexte qu’ils sont trop populaires serait comme lever le nez sur l’œuvre de Molière, sous prétexte qu’elles est très lue.
Il en est des beaux paysages comme des sites archéologiques. Ils sont d’autant plus authentiques qu’ils ont gardé leur état originel. Cela n’empêche pas qu’on y crée des accès qui permettent au plus grand nombre d’aller les admirer, cela n’empêche pas qu’on les aménage un peu pour mettre tel ou tel coin en valeur. Ce qui détruit leur authenticité, c’est la surexploitation commerciale qu’on en fait en allant construire des hôtels, des restaurants, des boutiques et des attractions qui viennent les défigurer. Combien de bords de mer, combien de belles vallées ont ainsi perdu tout leur cachet gâché à jamais.
Qu’en est-il des communautés? Elles sont authentiques en autant qu’elles se présentent à nous dans l’état où elles sont rendues aujourd’hui, peu importent les influences qu’elles auront reçues. La recherche du peuple sauvage, soi-disant bienheureux, nous semble une utopie. Leur nier les bienfaits de la modernité nous semble égoïste. Les confiner dans la folklorisation nous semble réducteur. Regretter que les villages soient électrifiés, se désoler que dans les maisons de bambous il y ait la télévision et en même temps s’offusquer parce que les cochons se promènent dans le village, c’est véritablement mêler les patates et les carottes. La vérité, dans ce cas-ci ne se trouve pas dans l’idée que le voyageur se fait d’une minorité ethnique, elle se trouve dans les leçons que l’on peut tirer de l’état actuel de leur évolution.
Que l’on impose des droits d’entrée dans les sites archéologiques, les palais, les églises, les grottes, les villages même ne nous contrarie guère en autant que cet argent serve à l’entretien des lieux et aux gens qui y travaillent. Ce que le Club Aventure tâche d’éviter ce sont les lieux autour desquels s’est installé un commerce tellement harassant qu’il en détruit l’intérêt; ce sont les lieux créés artificiellement pour des fins surtout mercantiles; ce sont les lieux défigurés par la surexploitation; ce sont les gens qui se déguisent pour la photo et présentent une image de ce qu’ils ne sont plus. Ce sont ce que l’on appelle communément les trappes à touristes.